Testament de la M. de la Frenaye

Testament de la M. de la Fresnaye

Sur l’avis et les menaces que m’a fait depuis longtemps Mlle Tencin de m’assassiner ou me faire assassiner, ce que j’ai même cru qu’elle exécuterait, il y a quelques jours, sur ce qu’elle m’emprunta un de mes pistolets de poche que j’’ai eu le courage de lui donner, et comme de ma connaissance particulière elle a fait ce qu’elle a pu pour faire assassiner M. de Moré et que son caractère la rend capable des plus grands crimes, j’ai cru que la précaution de faire mon testament ainsi qu’il s’ensuit était très convenable

Je déclare que je veux vivre et mourir dans la foi catholique, apostolique et romaine dans laquelle je persévèrerai jusqu’au dernier moment de ma vie.

[…]

… quand j’ai voulu retirer mes effets de ses mains, j’ai été extrêmement surpris de trouver une scélérate qui m’a dit qu’elle ne me rendrait rien que je ne lui payasse le billet des 40000 #, que c’était le moindre paiement qu’elle pût recevoir pour avoir couché avec moi. Cette misérable a eu pour moi les façons les plus indignes et si monstreuses que le souvenir m’en fait frémir : mépris public, noirceur, cruautés ; tout cela est trop faible pour exprimer la moitié de ce que j’ai exprimé [sic]. Mais sa grand haine est venue de ce que je l’ai surprise il y a un an me faisant une infidélité avec Fontenelle, son vieil amant, et de ce que j’ai découvert depuis qu’elle avait eu avec son neveu d’Argental le même commerce qu’avec moi. Cette infâme a couché avec moi pendant quatre ans, au vu et au su de tous ses domestiques, d’une partie de ses parents et de ses amis, et après cela elle n’a pas eu de honte de me traiter publiquement comme un valet, et pour ses friponneries m’a mis hors d’état de payer mes dettes sans jamais s’être souvenue un instant qu’elle seule avait causé ma ruine pour m’avoir lié malgré moi avec des fripons, avec lesquels pourtant elle ne s’est entendue comme on l’a soupçonnée.

Je finis en réclamant la justice de M. le Duc et celle de M. le Garde des Sceaux ; ils ne doivent pas souffrir que cette malheureuse continue plus longtemps sa vie infâme. Elle est entrée religieuse au couvent de Montfleury près Grenoble. Ils doivent l’obliger d’y retourner pour faire pénitence de ses péchés.

Les déclarations que j’ai faites par ce présent testament m’ont paru nécessaires pour l’intérêt de mes créanciers. Je prends Dieu à témoin qu’elles sont dans l’exacte vérité et que la passion ne m’y a rien fait changer ni ajouter. Signé

 

De la Fresnaye.

Numéro
£0383


Année
1726


Références

F.Fr.9532, f°267v-269v - F.Fr.12682, f°113v-114v - BHVP, MS369, p.401-08

Mots Clefs
Testament de la M. de la Frenaye