Lettres de MM. d'Argenson et Pontchartrain

M. d’Argenson à M. de Pontchartrain, à Paris, le 14 novembre 1713

Je ne doute pas que vous n’ayez entendu bien des fois parler du prétendu esprit qui obsède la fille de M. Testard, fermier général, et devenu à Paris une espèce de spectacle. J’apprends même qu’on doit supplier M. le cardinal de Noailles d’employer l’autorité de l’Église pour conjurer ce prétendu esprit par des exorcismes, et il sera de la prudence de le défendre ou de la permettre, ce que je suis persuadé qu’il fera avec toute la circonspection juste et convenable.

Si ce malheur était arrivé à quelque personne d’entre le peuple, j’aurais pris des mesures pour en empêcher au moins l’éclat et le scandale, comme j’ai fait en quelques autres occasions fort semblables à celle-ci. Mais M. Testard n’ayant pu se résoudre à envoyer sa fille dans un couvent de province, où le prétendu esprit l’aurait apparemment oubliée, M Testard n’est presque plus le maître dans sa maison, dont il ne peut refuser l’entrée à quantité de personnes de la première condition que la curiosité y attire de tous les quartiers de Paris, en sorte qu’il a désiré que je pourvusse à sa sécurité pendant quelques nuits, et j’ai cru que vous approuveriez en effet qu’une brigade et une escouade du guet fussent chargées d’y avoir une continuelle attention.

 

M. de Pontchartrain en réponse à M. d’Argenson, le 28 novembre 1713.

Le Roi a fort désapprouvé qu’une brigade du guet ait été chargée de faire la ronde aux environs de la maison de M. Testard, et il faut absolument que vous donniez des ordres contraires. S.M. m’a dit aussi qu’Elle était étonnée que vous eussiez différé si longtemps à faire part de cette aventure qui était publique, plus de trois semaines avant la réception de votre lettre. Elle souhaite que vous rendiez un compte exact des suites et que vous vous concertiez avec M. le cardinal de Noailles sur les moyens les plus convenables et les plus prompts pour la faire finir, par rapport au spectacle peu décent que cela donne au public.

 

M. d’Argenson, le 5 décembre 1713

On n’a fait aucune ronde déterminée aux environs de la maison du Sr Testard, mais une escouade du guet qui fait une garde presque continuelle à la place des Victoires, avait ordre d’avoir une attention particulière sur cette maison pour empêcher que la curiosité publique n’en forçat l’entrée. Au reste, j’ai parlé au Sr Testard qui m’a expressément assuré que depuis 7 ou 8 jours il n’était plus question de l’esprit. Ainsi c’est une chimère de moins, et j’espère que la fantaisie de paris s’attachera à quelque autre objet.

 

M. de Pontchartrain à M. d’Argenson lle décembre 1713

 

Trouvez bon que je vous dise que l’article de votre lettre touchant la Dlle Testard semble se contredire avec celui de la précédente par rapport à la garde du guet que vous aviez établie ; vous en jugerez vous-même. Quoi qu’il en soit, il eût été à souhaiter que le père eût pris plus tôt le parti d’empêcher sa fille de donner un pareil spectacle au public. Cependant le Roi désire de savoir au vrai s’il est certain qu’il ne soit plus question de ce prétendu esprit et je vous prie de me mettre en état de lui rendre compte de la vérité.

 

Numéro
£0325


Année
1713


Références

Clairambault, F.Fr.12695, p.336

Mots Clefs
Lettres de MM. Pontchartrain et d'Argenson sur Mlle Testart