Les adieux de la commère Cliquet à M. le maréchal de Saxe

Les adieux de la commère Cliquet à M. le maréchal de Saxe.

Compliment en proverbes.

Monseigneur,

Je ne veux point ici vous jeter de la poudre aux yeux, ni vous faire croire que des vessies sont des lanternes. Je sais qu’un marchand d’oignons se connaît en ciboules, qu’on ne saurait vous en donner à garder, ni vous faire passer un chat pour un lièvre et que vous en avez bien vu d’autres. Aussi mon dessein est-il, en parlant de choses et d’autres, par manière de conversation, et tout de fil en aiguille, de vous faire voir clair comme de l’eau de roche, que le chagrin de vous quitter nous rend tout tristes comme des bonnets de nuit sans coiffe, ou comme des aveugles qui ont perdu leurs bâtons, parce que nous avons mangé notre pain blanc le premier.

Je savons ce que je savons, et si je ne sommes pas marchand de savon, un discours farci de fleurs de rhétorique viendrait ici juste comme de cire ou, si vous voulez, comme mars en carême, et ce ne serait pas, comme dit l’autre, tirer ma poudre aux moineaux ; mais vous n’ignorez pas, Monseigneur, qu’il n’y en a pas de plus embarrassé que celui qui tient la queue de la poêle ; il n’est pas permis à tout le monde d’aller à Corinthe ; à bon entendeur demi-mot, à petit mervier, petit panier ; souvent trop parler nuit et trop grattter cuit ; tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse ; ainsi, sans tant de préambules, et sans tourner autour du pot, je vais en revenir à mes moutons.

Mes camarades et moi, Monseigneur, nous avons employé le vert et le sec pour vous montrer que nous ne nous mouchons pas du pied, et pour tâcher de vous faire dire que vous n’avez pas acheté chat en poche. Vos bontés, il est vrai, nous ont mis le cœur au ventre ; aussi notre reconnaissance n’est-elle pas moitié figue moitié raisin. Nous avons eu plus de bonheur que de science en réussissant quelquefois à vous épanouir la rate, ce qui nous a rendus gais comme des pinsons, en voyant que vous ne nous receviez pas comme des chiens dans un jeu de quilles.

Si nous avons le bonheur de reparaître devant vous, soyez assuré, Monseigneur, que le retour vaudra mieux que matines. Nous ne vous promettons pas poires molles, ni plus de beurre que de pain ; on ne nous reprochera jamais, lorsqu’il s’agira de vous amuser, que nous n’y allons que d’une fesse et que nous ne savons sur quel pied danser, puisqu’au contraire nous sauterons comme des cabris et que nous irons de cul et de tête, comme des corneilles qui abattent des noix.

Numéro
£0354


Année
1750

Notes

Compliment en proverbes


Références

F.Fr.15154, p.113-18 - BHVP, MS 661, f°61v-62v

Mots Clefs
Les adieux de la commère Cliquet à M. le maréchal de Saxe.