Extrait d'une lettre de Paris du 26 octobre 1731

Extrait d’une lettre de Paris du 26 octobre 1731


L’arrêt au sujet du Père Girard a été imprimé, mais on prétend qu’il est tronqué ; il y a une petite anecdote sur ce sujet. Dans les premiers qui ont paru imprimés, il y avait il sera dit, formule injuste [?] à ce qu’on prétend. Il y eut ordre le même jour de supprimer ces exemplaires et on en fit d’autres où l’on mit dit a été.

La première formule n’est en usage que dans les justices inférieures, et dans les justices supérieures, comme les parlements, on se sert de l’autre qui porte le caractère de la supériorité.

Voici des vers qui courent depuis peu de jours : [$1846]

Ceux qui suivent sont plus forts et attaquent trois grands prédicateurs de la chasteté du père Girard. C’est dans les cafés qu’ils signalent leur zèle. [$1877]

Maret y est dit Marette

Ces vers ont été attribués à M. Fuzelier, poète, qui a été arrêté le 18 octobre 1731 et conduit au Châtelet. On a inventorié tous ses papiers ; la preuve qu’on a contre lui est que son caractère ressemble parfaitement à celui d’une lettre envoyée au café de Procope à l’adresse de M. Marette où était l’épigramme et quelques autres lardons en prose.

On a répandu ce burlesque avis :

Deux mille louis pour celui qui trouvera un corps de délit perdu le 10 octobre 1731 dans la grand’chambre du parlement de Provence, laquelle somme sera payée par le sacristain des jésuites.

D’autres plaisants disent qu’il faut mettre hors de cour ce parlement.

On marque de Provence qu’on ne parle quasi plus de l’affaire du jésuite, qu’il est parti d’Aix et qu’il a soulevé à son passage tous les peuples qui l’ont couru comme l’ambassadeur de Perse, quoique pour n’être point connu, il se fût déguisé en abbé. On a fait toutes sortes d’extravagances dans la ville de Toulon ; on a promené dans les rues un jésuite d’osier dont on avait rempli tout le corps de pétards. Il a été brûlé devant la porte des jésuites dont les vitres ont été cassées en chantant les louanges du recteur ; on dit même qu’à chaque pétard qui sortait on le qualifiait du nom du démon de quelque vice.

On ne sait pas où le P. Girard sera destiné ; il est présentement à Lyon et M. l’archevêque de Lyon le demande.

Ce jésuite a enrichi la langue française, surtout à Paris où l’on appelle girarder une action qu’il n’est pas honnête de définir.

Numéro
£0164


Année
1731 octobre


Références

F.Fr.23659, f°74

Mots Clefs
Jansénisme, Girard/Cadière, après le procès