Anecdotes de l’Opéra de Paris

Anecdotes de l’Opéra de Paris

Extrait de la lettre d’une actrice

… un milord très opulent qui voyageait en France me conduisit à Londre. Juste Ciel ! Quel homme ! Il m’arrosait six fois le jour, autant de fois la nuit. Son vit, semblable à la queue d’une comète, lançait des traits de feu ; je ne sentis jamais de décharges plus vives et plus abondantes ; mais de telles prouesses ne pouvaient durer longtemps. Mon amant n’était qu’un mortel ; je le vis fondre par degrés ; je crus son âme distillée à travers son vit et je tirai de lui cinquante mille guinées.

Ce noble lord eut pour successeurs deux armateurs tout fraîchement arrivés de leurs courses ; ils étaient intimes amis ; ils me foutirent à frais communs, ainsi qu’ils avaient navigué, travaillant à l’envi et se surpassant par la vigueur de leurs abordages et par la promptitude de leur feu ; tandis que l’un était à l’ancre, il convoquait l’autre par le vit et je le disposais à une nouvelle attaque. En calculant modestement, il se trouva au bout de huit jours que j’avais essuyé cent quatre-vingts décharges ; mais je me lassai bientôt d’un tel registre ; leurs bordées n’avaient point de fin ; j’eus pour ma part des prises qu’ils avaient faites douze mille livres sterling.

La fin du quartier d’hiver les força de retourner à leurs vaisseaux ; ils voulaient m’engager à les suivre pour leur servir d’allège, mais j’avais déjà passé un autre contrat avec un comte allemand.

Numéro
£0351


Année
1750


Références

BHVP, MS 661, f°3v-45

Mots Clefs
Anecdotes de l’Opéra de Paris, conte obscène