Annonces, affiches et avis divers,

Annonces, affiches et avis divers,

ou Journal général de France, du vendredi 31 décembre 1779

 

Terres et biens seigneuriaux à vendre

Terre et grand fief dans l’île Maquerelle1, partie en bois taillis, partie en terre labourable, appartenant à Mlles Misis, Doucet et Montauban, à vendre en totalité ou par portion. S’adresser aux propriétaires, rue des Cordeliers, et en leur absence, à Mme Gourdan2.

Fief et château de deux portes à vendre par licitation, payable en monnaie de France et monnaie de l’Empire : on recevra de l’argent de toutes mains. S’adresser à Mlle Rosalie, dite le Vasseur3.

 

Biens en roture à vendre ou à louer.

Quatre grands quartiers d’héritages à vendre, avec une très grande entrée, fort fréquentée sur le devant, et une porte bâtarde sur le derrière, qui l’est presque autant. S’adresser à Mlle Porsin, à toute heure du jour, en sa maison rue Trousse-vaches, excepté depuis six heures du soir jusqu’à huit, qu’elle travaille aux Tuileries.

Grand et magnifique terrain, dit le trou d’Enfer, propre à faire un haras de jeunes chevaux. S’adresser à Mme de Mollet, rue Jean-Pain-Mollet, aux Vaches suisses, qui le fera voir avec la plus grande facilité.

Plusieurs arpents de marais propres à faire des pâturages, sans garantie d’hommes et d’animaux, à cause des fondrières. S’adresser à Mlles Crépreaux, Bigothini, Coulon, et Puisieux, à l’Académie royale de musique.

 

Maisons ou appartement à louer

Plusieurs beaux et grands appartements de l’hôpital général, vacants par la retraite des demoiselles Granville, Souck et Raucourt. S’adresser aux anciennes locataires, rue Vuide-gousset, à la Levrette, et au besoin un peu plus haut.

Portion de lit à louer pour le premier du mois prochain. S’adresser à Mlle Violette, ou à sa femme de chambre, rue Verte à la Pantoufle, et dans peu à l’Hôtel-Dieu.

Petit appartement au cinquième en siamoise, à troquer contre un appartement au premier en damas de trois couleurs. S’adresser à Mme Sainte-Marie, ouvrière en tours de lit, rue de la nouvelle halle, ou chez Mme de Launay4, rue des Petits-Champs, où elle travaille à la journée.

Passage public, dit le Passage du saumon, ouvert à tout le monde, à louer. S’adresser à Mme Thevenin, rue du Hasard, à l’As de pique.

 

Vente de meubles, tableaux et effets

Une Vénus aux belles fesses en marbre blanc, représentant Mlle Contat5, d’un beau genre, et pouvant servir de modèle, si les pieds et les mains étaient du même auteur.

Tableau représentant Mlle Colombe6 en Pomone, grand comme nature, sur deux pieds quatre pouces de large ; elle est peinte offrant ses prémices au dieu des jardins. La taille du dieu, quoique colossale, ne paraît pas encore proportionnée.

Beau tableau représentant Danaé, recevant une pluie d’or dans le tonneau des Danaïdes. S’adresser à Mlle Duthé.

Modèle antique, d’après Mlle Beauvoisin. Cette figure a pu représenter autrefois une assez jolie nymphe, mais les outrages du temps et des plâtres l’ont presque entièrement défigurée.

Les sept péchés mortels de Poussin, fameux tableau copié par un bon maître ; savoir, l’Avarice, représentée par Mlle Aménaïde ; la Paresse, par Mlle de Beaupré7 ; la Colère, par Mlle Luzzy8 ; la Luxure, par Mlle Laguerre9 ; la Gourmandise, par Mlle Urbin10 ; l’Orgueil, par Mlle Thévenet ; l’Envie, par la Dlle Dugazon11. Ce tableau est frappant pour les ressemblances.

Meubles et effets de Mme la Borde, à vendre par autorité de justice ; savoir, un lit avec sa courte-pointe fort usée, sur le devant un canapé en cuir du levant, entièrement élimé : un bidet garni de plusieurs seringues à injection ; quelques boîtes de pilules et plusieurs pots de pommade astringente.

Très jolie serinette à vendre chez la dame Trial12, rue du Perroquet, à l’enseigne des Prétentions.

Cinq mille livres de rente en mille parties, de cinq livres chacune, sur différents particuliers très solvables. S’adresser à Mlle Demarcq13.

 

Vente de chevaux, voitures et autres effets

Berline anglaise, chevaux et équipage, après le départ de Mlle Dufayel14 pour la Salpetrière.

Deux jolis poulains égaux, parvenus à leur croissance. S’adresser, pour les voir, à Mlle Trecourt15, et pour le prix à madame sa mère, au cinquième arbre de la grande allée du Palais-Royal.

Très beau perroquet vert chez Mlle Félix, qui ne sait encore dire que : « Montez, Monsieur, payez, baisez mon cœur, et allez-vous-en. » Mais l’on espère qu’il en apprendra davantage par la suite. Prix un louis.

 

Livres nouveaux

L’art de faire de l’esprit et d’y mêler celui des autres, par Mlle Arnoux16, rue des deux Portes, à la ménagerie.

Nota. On voit aussi au même endroit un morceau d’histoire naturelle à vendre ou à troquer ; c’est une mâchoire de requin d’une grandeur effroyable, mais les dents parfaitement bien conservées.

L’art de composer sa figure et de rétrécir sa bouche aux dépens du reste. Un volume petit in-12, papier de Hollande. S’adresser à Mlle Bouton de Rose, rue Bétizi, à la Grimace.

Traité d’ostéologie, ou le Squelette des grâces, par Mlle Guimard17, rue de la Planche, à l’Arbre sec.

Traité du renoncement des passions, par Mme Justine, rue de Sodome, au Bienvenu.

 

Demandes particulières

Un locataire qui occupe un très grand appartement sur le devant, chez Mme Fourcy, désirerait y faire faire par entreprise un retranchement ou des cloisons pour y être moins à son aise ; il se tiendra sur le derrière pendant les réparations.

Un particulier, possesseur de la demoiselle Sainte-Marie l’aînée, désirerait trouver un maître qui lui apprît à parler et à ne rien prendre.

Le sieur Agironi, traitant les maladies vénériennes, offre pour preuve de son talent de faire visiter la dame Rosten, qui mange et agit actuellement comme si elle n’avait jamais été attaquée de ce mal.

La Dlle la Forêt18 offre de donner pour un morceau de pain les ruines de Palmyre, épreuve retouchée.

La Dlle Balthazar désirerait emprunter six francs ; elle donnera une galanterie pour les intérêts, et son père et sa mère en nantissement pour le principal.

La dame Vestris19 prévient le public qu’elle achètera tous les sifflets à quelque prix qu’ils soient ; elle demeure toujours rue du Champ-plâtreux20.

La Dlle Renard propose de mettre ses faveurs en loterie, la délicatesse de son âme répugnant à ruiner tous ses amants pour soutenir son état de fille du monde. La quinzaine de ses faveurs sera divisée en cinq lots, qui écherront aux cinq numéros sortant à chacun des tirages de la loterie royale de France. Le porteur de chacun des numéros sortis de la roue de la fortune, gagnera un terne nocturne, et aura de plus à souper, et pourra donner ou céder des coupons à qui bon lui semblera ; les billets seront de douze livres, et seront garantis par le sieur Agironi21 : la Dlle Renard les délivrera elle-même rue du Puits qui parle, au Buisson ardent22, et dans la grande allée du Palais-Royal, depuis une heure jusqu’à deux heures après midi et après minuit.

 

Charges et offices à vendre

Charge de maquereau suivant la Cour, à vendre ou à troquer contre un bénéfice. S’adresser à MM. les abbés Chotard23 et Guigony.

 

Annonces diverses

La Société royale de médecine propose pour prix de l’année prochaine deux médailles d’or de la valeur de 1 200 livres chacune. La première sera adjugée au meilleur mémoire sur les maladies des Dlles Cléophile et Dervieux24, et la seconde, au meilleur mémoire sur une épizootie, nommée par les savants Furor amoris antiphisici, dont les Dlles Raucoux, Souck, Sophie, Agnès Denise et Colombe25, ont infecté la capitale. Ces deux mémoires devront contenir les remèdes nécessaires, et attendu la nature extraordinaire et opiniâtre de ces maladies, tous les savants, tant regnicoles qu’étrangers, sont invités à concourir.

La Dlle Gonorrhée l’aînée, dite Colombe, et la Gonorrhée la jeune, dite Adeline, ont ouvert un cours d’expérience priapique, tant masculin que féminin, en leur demeure, rue de l’Égoût, à l’enseigne de Messaline ; elles se proposent d’y résoudre tous les problèmes de l’Arétin ; il y aura deux séances par jour, les dames entreront sans payer et la livrée en payant.

La Dlle Durancy26, continue de montrer sans succès un ours africain. Cet animal est couvert depuis les pieds jusqu’à la tête d’un poil extraordinairement long ; il ne se nourrit que de chair humaine ; il en fait une prodigieuse consommation tous les jours.

On peut voir chez la Dlle Bianchi, dite Argentine27 rue de l’Amant jaloux28, un squelette, qui marche, mange, digère et couche comme une personne naturelle ; il n’y a que la tête et le cœur qui ne fassent point de fonctions ; il parle italien, bégaie le français, mâchonne l’anglais et n’écorche personne.

 

Enterrements

Enterrement de Jean l’Arétin, mort d’étisie hier entre les bras de la Dlle Laguerre29, son écolière : il a institué pour son héritière la Dlle Bellecour30, qui lui succède ; elle donnera des répétitions tous les jours rue du Tonneau31, au double Crochet32.

 

Traits de bienfaisance

Un journaliste doit se faire une loi sévère de publier avec exactitude les traits de bienfaisance et de vertu qui viennent à sa connaissance : il y trouve deux avantages, celui d’exciter par là l’émulation de ses lecteurs, et celui de répondre aux détracteurs des mœurs de ce siècle caractérisé par la générosité, la tolérance et l’encyclopédie : M. D***, fermier des attraits de la Dlle Michelot33, arrive un jour chez elle en sortant de la paume, épuisé de fatigue et de chaleur ; il demande un verre d’eau et de vin : la beauté sonne, et bientôt un laquais balourd apporte ce rafraîchissement ; mais en le présentant à M. D***, qui était assis, il lui marche sur le pied. M. D***, qui a eu autrefois un fort joli pied, a aujourd’hui des cors. Dans sa douleur, il dit à la danseuse : « Que ne renvoies-tu ce brutal-là, il est d’une maladresse effroyable. Tu vas voir que je renverrai mon frère pour te faire plaisir », lui repartit la Dlle Michelot. Et le laquais ne fut pas renvoyé ; il en fut quitte pour une leçon de la part de sa sœur et pour quelques menaces. Ce triomphe charmant de la tendresse fraternelle sur la vanité, nous a paru digne d’être transmis à la postérité la plus reculée.

 

Anecdote.

 

Malgré la rigueur des lois contre les duels, l’amour qui ne connaît point de lois, allait ensanglanter les boulevards, et quel qu’eût été le vainqueur, la France était à la veille de faire une perte irréparable sans le dévouement de la Dlle Montauban34. Voici le fait.

Le Pierrot de Nicolet, dont les talents font depuis longtemps les délices de la capitale, était depuis longtemps en possession du cœur et du lit de la Dlle Laguerre, lorsque cette chanteuse s’est subitement éprise du célèbre Jeannot, le Pâris des boulevards. Les deux rivaux étaient prêts d’en venir aux mains, lorsque la Dlle Montauban est venue généreusement offrir de se charger de la consolation de Pierrot. Le baladin, après avoir un peu balancé, s’est enfin résigné : il a embrassé son rival, la paix s’est rétablie, et l’on assure que les deux couples amoureux ne se quittent plus.

 

Spectacles.

 

Les Comédiens-Français donneront aujourd’hui Le Fat puni et L’Impertinent. Le sieur Larive35 remplira les deux rôles.

Les Comédiens-Italiens donneront aujourd’hui la première représentation de La Courtisane amoureuse, au profit du sieur Julien36 qui va quitter le spectacle.

Aux boulevards les différentes troupes donneront aujourd’hui relâche pour le service de la Cour37.

Cette feuille paraît tous les jours : le bureau pour l’abonnement est au foyer de l’Opéra.

  • 1. Îles du côté du gros Caillou, qui porte en effet ce nom.
  • 2. Mère abbesse.
  • 3. Elle est maîtresse de M. le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur de l’Empereur.
  • 4. Fameuse abbesse qui a supplanté Mme Gourdan et a la vogue aujourd’hui.
  • 5. Actrice de la Comédie-Française, belle fille qui a les mains et les pieds vilains.
  • 6. De la Comédie-Italienne, belle fille, mais prodigieusement grosse et grande.
  • 7. De la Comédie-Italienne.
  • 8. De la Comédie-Française
  • 9. De l’Opéra.
  • 10. Courtisane fameuse par son luxe, et sans talent connu.
  • 11. De la Comédie-Française.
  • 12. La première cantatrice de la Comédie-Italienne, à qui l’on reproche de ne pas être actrice.
  • 13. Fameuse pour les détails, et ne refusant pas les petits profits.
  • 14. De la Comédie-Italienne, accusée d’avoir voulu empoisonner sa sœur par jalousie.
  • 15. Renommée pour distribuer le mal immonde.
  • 16. Émérite de l’Opéra, fameuse pour ses méchancetés et ses bons mots ; elle passe aussi pour tribade, elle a de fort vilaines dents, et pue de la bouche. Un jour qu’elle disait qu’elle avait le cœur sur les lèvres : Je ne suis pas surpris, lui repartit quelqu’un qu’elle plaisantait, que vous ayez l’haleine si mauvaise.
  • 17. La première danseuse de l’Opéra, sèche et maigre.
  • 18. Vieille courtisane très renommée jadis, aujourd’hui laide et ruinée.
  • 19. De la Comédie-Française. Il faut se ressouvenir que le public lui en veut beaucoup, et la siffle souvent depuis qu’elle a fait renvoyer Mlle Sainval.
  • 20. Elle est accusée de mettre beaucoup de blanc dans sa figure.
  • 21. Empirique renommé pour le mal vénérien, cité ci-dessus.
  • 22. Elle passe pour être rousse.
  • 23. Abbé qui fournissait autrefois des filles au prince de Conti.
  • 24. Deux danseuses de l’Opéra, retirées pour cause de maladies.
  • 25. Fameuses tribades.
  • 26. Actrice de l’Opéra, laide, mais renommée pour sa luxure.
  • 27. Actrice des Italiens, fort maigre.
  • 28. Elle est maîtresse de M. d’Helé, auteur de l’Amant jaloux.
  • 29. De l’Opéra, déjà citée.
  • 30. De la Comédie-Française.
  • 31. Elle est grosse comme un muid.
  • 32. Elle couche avec un musicien.
  • 33. Danseuse de l’Opéra.
  • 34. Figurante à l’Opéra.
  • 35. Acteur de la Comédie-Française, accusé injustement ici d’être fat et impertinent.
  • 36. Acteur de la Comédie-Italienne, qu’une fille riche veut épouser, à condition qu’il quittera le spectacle.
  • 37. Autrefois ces farceurs n’allaient jamais à la Cour ; ce n’est que depuis Mme du Barry.

Numéro
£0018


Année
1779


Références

F.Fr.13653, p.66-78 - Bachaumont, XIV,342-346

 

Mots Clefs
Acteurs et surtout actrices des spectacles parisiens