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Songe de M. Pâris

Songe de M. de Pâris, conseiller au Parlement de Paris


M. de Pâris, mort le vendredi 16 août 1737, pendant sa maladie fit un rêve qu’il voyait répéter une tragédie dans le petit cimetière de Saint-Médard qui était la Vie de Jésus-Christ, ainsi que cela se faisait autrefois ; mais à son réveil il ne put se ressouvenir que de quelques traits et du noms des auteurs.

L’abbé de Pâris était chargé de représenter le Sauveur et disait qu’il était venu pour arrêter la corruption des cœurs et de la morale, mais qu’en vain ferait-il des miracles : les ennemis de son père ne les croiraient pas, que les princes et les prêtres seraient ses persécuteurs et que les idolâtres ne quitteraient point leurs abominations, quoique pour les convertir il en reçût beaucoup dans sa Compagnie.

Les curés de Sainte-Marguerite (Goy, mort en 1 737), de Saint-Jean, de Saint-Germain (La Brue), de Saint-Germain-le-Vieil (Louis de Rocheboucet), de Saint-Séverin (Jean Pinet, archiprêtre), de Saint-André-des-Arts et autres faisaient les bergers de la Nativité et chantaient les louanges du Seigneur.

Les évêques de Montpellier (Colbert, mort en 1 738), de Troyes (M. Bossuet), d’Auxerre (M. de Caylus) et de Babylone faisaient les anges qui annonçaient la venue du Messie.

MM. Le Gros et deux autres ecclésiastiques réfugiés à Utrecht faisaient les trois mages qui, après avoir adoré le Messie, s’en retournaient par un autre chemin.

M. Gaillande et l’évêque de Chartres (François de Merinville) faisaient le bœuf et l’âne de la crèche.

M. de Senez (Soanen) représentait saint Siméon et chantait Nunc dimittis, etc.

Un vieux cardinal (M. le cardinal de Fleury, premier ministre) faisait Hérode et donnait ordre de faire périr les Innocents pour tâcher de détruire celui qu’il craignait comme un obstacle à son règne et à sa puissance.

Plusieurs docteurs appelants et exclus de Sorbonne admiraient la science du Messie, le voyant prêcher parmi eux à l’âge de douze ans.

M. le chancelier (M. d’Aguesseau) s’approchant du Sauveur, fut frappé de lui voir faire des miracles et surtout celui des cinq pains ; mais néanmoins il le quitta aussitôt.

Mme de la Fosse (guérie miraculeusement le jour de la Fête-Dieu de 1727 d’une hémorragie de sang ; elle demeurait sur la paroisse de Sainte-Marguerite) faisait l’hémoroïsse de l’Évangile.

M. de Ségur, ancien évêque de Saint-Papoul, répétait saint Mathieu et quittait sa bande pour suivre le Sauveur.

Les évêques de Laon (La Fare) et de Lectoure (Paul-Robert Hertault de Beaufort) faisaient, à la guérison des possédés, les cochons qui se précipitaient dans la mer.

Une troupe de capucins faisaient les possédés.

Les jésuites, dans l’endroit de la tentation du Sauveur, disaient tout bas à l’oreille de tout le monde, et surtout des ecclésiastiques, en leur montrant des richesses immenses et des couronnes, si vous voulez nous adorer, voilà votre récompense.

Les trente docteurs de la Consultation, représentant les pharisiens, disaient : il fait des miracles par Belzébuth.

Le curé de Saint-Sulpice (Languet de Gergy), à la Transfiguration, entendant parler de bâtir trois tabernacles, s’offrit d’en être l’architecte. Il courut chercher la mère du Messie afin de solliciter pour lui en faveur de l’habit d’argent qu’il lui avait donné1 ; mais elle lui répondit qu’il ne lui coûtait rien et qu’elle n’était vêtue que de vieux morceaux qu’il avait attrapés de côté et d’autre.

Parquet, curé de Saint-Nicolas-des-Champs demanda permission au Sauveur de régler les affaires d’une succession qui lui était échue, et le Sauveur lui répondit : qui met la main à la charrue et regarde derrière lui n’est pas digne de moi, et de plus, quelle assurance me donnerez-vous de votre retour ? vous êtes un esprit changeant, et les serments vous coûtent trop peu.

L’archevêque de Bourges (Frédéric-Jérôme de Roye de la Rochefoucauld) faisait Gamaliel et disait : si c’est l’ouvrage des hommes, cela se détruira, mais si c’est l’ouvrage de Dieu, nous ne pourrons l’empêcher.

M. de Montgeron (Carré de Montgeron, conseiller au Parlement de Paris, exilé pour avoir porté au roi un livre au sujet des miracles de M. Pâris) faisait l’aveugle-né et soutenait sa guérison miraculeuse, et dans une autre scène, il faisait saint Paul en disant, ce que je vous dis ici, je l’ai appris du Sauveur.

L’évêque de Châlon-sur-Saône (François Madot) donne conseil aux juifs de faire mourir le sauveur, disant, il est expédient qu’un homme meure pour le peuple.

Dom La Taste, bénédictin (à présent évêque de Bethléem), faisait le judas et dans la scène où il niait la trahison qu’il avait dans le coeur, et donna le baiser au jardin des Oliviers.

Fantin, curé de Versailles, voyant Judas qui s’était pendu, escamota la bourse.

L’archevêque de Sens (M. Languet) s’intriguait pour chercher des faux témoins de la Passion et donnait de l’argent aux soldats du sépulcre pour dire que pendant qu’ils dormaient ses disciples l’avaient enlevé.

Les évêques de Marseille (Henri-Xavier de Belsunce de Castelmoron), Blois (François de Crussol), Toul (Scipion-Jérôme Bégon), Soissons (Charles-François Lefevr d’Aubrière), Châlons-sur-Marne (Charles-Antoine de Choiseul-Beaupré), Luçon (Samuel-Guillaume de Verthamon de Chavagnac), Carcassonne (Armand Bazin de Bezons) et autres faisaient les soldats de la Passion, et quoiqu’ils eussent été recrutés par miracle, ils n’en tourmentaient pas moins le Sauveur.

L’archevêque de Paris représentait Pilate, se lavait les mains et disait : Si j’y consens, ce n’est que par la crainte de César, car je pense autrement que je n’agis.

Les archevêques de Reims (Armand-Jules de Rohan), Lyon Charles-Nicolas de Saulx-Tavannes), Rouen (Charles-François de Châteauneuf de Rochebonne) et Toulouse (Jean-Louis de Berton de Crillon) criaient : Crucifige, crucifige.

Tencin (Guérin), archevêque d’Embrun, faisait celui qui donna un soufflet au Sauveur, disant : Est-ce ainsi que vous répondez au grand prêtre ?

M. Hérault (lieutenant général de police) mettait la couronne d’épines et flagellait le Sauveur, en lui fouillant dans les poches.

Laffiteau (Pierre-François), évêque de Sisteron, faisait celui qui cloua le Sauveur sur la croix.

Saint-Albin (Charles), archevêque de Cambrai, lui présenta l’éponge et le vinaigre, puis sur la fin, revint encore avec le feu cardinal de Bissy (Thiard) et l’archevêque de Sens pour lui casser les jambes ; mais le trouvant mort, ils disaient tous l’un à l’autre : Ce n’est pas notre faute, soyons contents, nous avons assez montré que nous ne voulons point de son amour, mous le laissons à ses disciples.

L’abbé Chauvelin faisait le bon larron

Nigon de Berty, le promoteur, faisait le mauvais larron et disait des imprécations.

L’archevêque de Vienne jouait aux dés et tira au sort la robe du Sauveur.

Madame de Ventadour, à la résurrection du Sauveur faisait la Madeleine.

Madame la duchesse du Maine faisait sainte Marthe d’un air empressé.

La Reine faisait la Vierge et pleurait, ne pouvant mieux faire.

Et moi, dit M. de Pâris le conseiller, j’étais habillé de blanc et destiné pour faire l’ange de la résurrection.

Ainsi finit le rêve.

  • 1Allusion à la statue de la Vierge que le curé avait fait installer dans son église de Saint-Sulpice (M.).

Numéro
£0209


Année
1739 mars




Références

Clairambault, F.Fr.12708, p.323-27 (variantes) - Maurepas, F.Fr.12635, p.171-76 - F.Fr.16661, f°201r-203r